Moral, épanouissement et perception des métiers de la Fonction publique

Nous analysons ici les résultats du baromètre annuel de la CASDEN Banque Populaire réalisé par l’Institut BVA (avril-mai 2023) sur le moral, l’épanouissement ainsi que la perception du métier de la fonction publique. Ce sondage réalisé sur 1004 fonctionnaires Français, permet de tracer des tendances au travail depuis 2020. Notre analyse ne portera pas sur le volet des rémunérations évoqué dans l’étude.

Ce thème fait partie intégrante des enjeux sociétaux de la démarche RSE des organismes. Souvent délaissée, la dimension santé (dépression, bore out, burn out…) dans les accidents graves et mortels mérite une attention particulière.

Cette étude de 47 pages montre que le moral des agents de la Fonction publique continue de se dégrader, notamment face à des conditions de travail difficiles et un manque de reconnaissance. Le télétravail est en revanche bien intégré.

Un moral au travail en légère baisse

L’étude indique une légère baisse du moral des agents de la Fonction publique en 2023 par rapport à l’année précédente. Ainsi la note moyenne est de 6,1 sur 10 contre 6,3 en 2022. Un agent sur cinq décrit son moral au travail avec des notes comprises entre 0 et 4 (+2 points).

C’est la tranche d’âge 40-49 ans sur laquelle les efforts doivent porter (score le plus faible). Il s’agit d’accompagner prioritairement ces agents en développant une écoute active des préoccupations de terrain. D’ailleurs, a prévention est un axe fort de la loi santé d’août 2021.

Des nombreuses difficultés et un manque de reconnaissance de la fonction publique

Les agents de la Fonction publique font état de plusieurs difficultés dans leur quotidien. L’équilibre entre vie privée ainsi que vie professionnelle arrive en quatrième position. Aussi, près d’un tiers des agents estiment ne pas être suffisamment reconnus par la société (+2 points). Ce constat est bien marqué chez les moins de 30 ans. Pour la première fois depuis 2020, le sentiment d’utilité régresse légèrement, avec 85% des répondants se sentant utiles.

L’étude traduit une réelle passion du métier et l’action des services possède du sens pour les agents. Toutefois le manque de reconnaissance pour 73% émousse l’engagement des équipes.

Favoriser l’engagement est par définition le rôle des leaders. La tâche de l’encadrement est délicate lorsque l’on ne peut maitriser le ressenti de l’opinion publique vis-à-vis du travail de ses collaborateurs. Le sentiment national est fortement lié à l’accélération de la dématérialisation ainsi que l’accompagnement insuffisant des usagers.

Le soutien de l’encadrement (cat A et B) sous forme d’accompagnements individuels ou collectifs et la mise en place d’outils modernes de collaboration participative peuvent constituer une solution. Associer les agents aux prises de décision est un levier qui favorise l’engagement.

Un pessimisme persistant dans le travail

Un chiffre alarmant : les deux tiers des agents possèdent une vision négative de l’avenir (66%, -3 points). Cela est bien marqué chez les 50 ans et plus. La seconde raison pour laquelle la majorité des fonctionnaires ne recommanderait pas à leur enfant de travailler dans la Fonction publique est le manque de reconnaissance. Les conditions de travail arrivent en 4ème position.

Ce sentiment confirme les difficultés liées au recrutement. Selon une étude réalisée début 2023 auprès de 500 étudiants (Université Catholique de Lille/Clubs Gagnants), seuls 12% des futurs actifs souhaitent rejoindre la fonction publique.

Des progrès à envisager dans la Fonction publique pour faire face aux enjeux sociétaux

Une très large majorité (80%) pense que la fonction publique est insuffisamment préparée pour faire face aux enjeux sociétaux actuels et futurs.

Les enjeux évoqués dans l’étude portent sur la transition écologique, la digitalisation ou les inégalités territoriales. Ce sentiment est très marqué chez les enseignants.

Une satisfaction élevée autour du télétravail

De manière comparable à l’année passée, près d’un quart des agents de la Fonction publique déclare télétravailler (+2) après une chute de 20 points entre 2021 et 2022. Ce chiffre reste faible pour des activités du tertiaire. Le balancier tend à se stabiliser autour d’un à deux jours par semaine. Cela confirme ce qui semble devenir la cible des entreprises engagées dans la démarche en France. Les Etats-Unis d’ailleurs font machine arrière sur le full remote. Ils veulent imposer aux travailleurs au moins deux à trois jours de présence par semaine.

Ce mode de travail hybride satisfait à tout point de vue les agents concernés par cette pratique notamment les femmes. Ces nouvelles habitudes de travail sont désormais bien intégrées dans le quotidien des agents qui peuvent le pratiquer. Face à la baisse du moral affiché, le mode hybride n’est-il pas un moyen d’apporter une solution pour plus de bien-être au travail ? D’autant que ce mode de travail est plébiscité par les jeunes actifs que l’on a justement du mal à recruter. Il convient d’accompagner les services sur les bons leviers à prendre en compte pour conjuguer qualité de vie au travail et qualité du service rendu.

Les enseignants, une catégorie qui se démarque

L’étude met en évidence une importante disparité entre les réponses moyennes fournies par l’ensemble des agents de la fonction publique et celles exprimées par les enseignants. À cet égard, concilier vie privée et vie professionnelle représente également un défi pour 67 % des enseignants, dépassant ainsi la moyenne de 51 %.

Le témoignage d’anciens enseignants ayant une expérience complémentaire dans le secteur privé ou en indépendant serait utile.

Les leviers d’amélioration identifiés

L’étude met en évidence plusieurs leviers d’amélioration pour renforcer le moral et la satisfaction des agents de la Fonction publique. Parmi les principales attentes, on retrouve en seconde position une amélioration des conditions de travail (40%). La voie du télétravail est vraisemblablement sous exploitée et mérite d’être accompagnée. L’enjeu du recrutement est majeur : les services doivent être accompagnés pour élaborer des stratégies attractives envers les jeunes actifs.

On peut regretter l’absence de la thématique liée aux enjeux de la révolution induite par l’intelligence artificielle. Il est évident que dans les dix prochaines années, la puissance de l’outil va impacter les métiers de la fonction publique.

Enfin, cette étude révèle que malgré un fort sentiment d’utilité, les agents de la Fonction publique font face à des difficultés persistantes. Ils expriment un besoin accru de reconnaissance et d’amélioration de leurs conditions de travail. Il apparaît nécessaire d’investir dans la formation, afin de renforcer leur engagement et leur bien-être au travail.

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