On peut agir pour éviter les morts au travail en pensant à la prévention des risques professionnels
Prévention des risques professionnels

Morts au travail et prévention : comment avancer ?

Le quotidien le Monde nous livre une série d’articles sur les lacunes de la prévention face aux chiffres des morts au travail. La situation est-elle si grave dans le domaine de la prévention pour que la presse s’en saisisse ? A partir de chiffres disponibles pour l’année 2022, le quotidien dresse un panorama de la situation sur notre territoire.

Les chiffres vrais des morts au travail

Les données consacrées à la prévention des risques sont issues principalement des rapports de deux organismes. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) et la Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et Statistique (DARES). Deux constats : le mode de calcul sous-estime les morts au travail et les chiffres sont identiques à ceux de 2019.

La France mauvaise élève européen ? Non car le mode de calcul diffère entre les pays. Dans le chiffre de 2 morts par jour au travail, 57% sont dus à un malaise au travail (AVC…). En revanche la tendance n’est pas à la baisse. Ces chiffres sont aussi à mettre en perspective de ceux des accidents domestiques. L’institut de veille sanitaire (InVS) recense 33 morts par jour d’un accident à domicile (intérieur et jardin).

En réalité il faut lire au moins 4 morts par jour au travail. On inclut les chiffres officiels des décès dus aux trajets routiers professionnels, maladies professionnelles et les chiffres de la mutuelle sociale agricole. Ne sont pas comptés la fonction publique, le secteur de la pêche, les chefs d’entreprise et les suicides hors du lieu ou du temps de travail.

Les oubliés de la prévention

Si l’on devait ensuite énoncer la catégorie la plus exposée, personne ne serait surpris. Le profil le plus vulnérable est celui d’un intérimaire ouvrier masculin de moins de 25 ans employé dans le secteur du BTP depuis moins de 3 mois. Il s’agit de concentrer vers eux un effort maximal de prévention des risques professionnels. Vous connaissez quelqu’un dans ce cas ? Je vous recommande de le mettre en garde dès la fin de cet article. C’est une question de vie ou de mort.

Les causes profondes des morts au travail

Le problème réside dans l’absence de connaissances de certains chefs d’entreprise du contenu du code du travail. Plus sournois, des managers interprètent les règles de prévention dans le sens qui les arrange en rejetant la faute sur le travailleur seul. Deux exemples : « il avait des équipements et il ne les a pas mis » ou un miroir dans les vestiaires où l’on peut lire « le 1er responsable de la sécurité est là ! ».

La vérité est qu’il existe des lacunes notamment dans les TPE PME sur la culture de prévention des risques et donc des morts au travail. Et la peur du gendarme est absente en raison du peu de moyens de l’inspection du travail. Nous comptons aujourd’hui un inspecteur pour 10000 salariés !

Pour le risque machine seul, on recense 55000 accidents de travail avec arrêt par an. Le problème sur les installations est tellement récurrent qu’il en devient normal.

Quelles solutions de prévention pour éviter les morts au travail ?

Une première campagne du ministère du travail en septembre 2023 avec un dossier de presse bien étoffé a donné le ton. Développons la pédagogie autour du levier de performance des actions de prévention. Une étude très sérieuse de l’OPP/BTP entre 2011 et 2013 démontre un retour sur investissement de 2.34 sur 1.3 ans.

Il faut ensuite augmenter les moyens de l’inspection du travail qui contrôle et conseille également les entreprises.

Renforcer également les moyens de la justice pour réduire les délais d’instruction. Il serait juste d’alourdir les peines dès lors qu’une procédure a été ouverte

Développer et promouvoir une culture de la prévention des accidents du travail en entreprise. Il s’agit d’englober enfin les deux volets physiques et mentaux de la santé. Les syndicats patronaux plutôt discrets sont appelés à se manifester dans ce domaine.

Et puis plusieurs voix s’élèvent pour donner la parole aux travailleurs et de les écouter. La culture de prévention vient aussi de solutions de terrain. Il est logique pour nous d’agir en amont sur les facteurs humains et l’organisation avant d’agir en aval sur le travailleur seul.

Mon expérience d'ingénieur prévention à bord des sous-marins puis du porte-avions Charles de Gaulle m'a inculqué une méthode de gestion des risques. J'ai complété ce parcours avec 8 années dans l'industrie navale avant de créer mon propre organisme de formation.

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